21, mar, 2007

ethnies ou ethnicités ?

publié le 29-04-2005

Petit ras-le-bol sur le terme « ethnie ». L’ethnie, c’est quoi ? A la fin du XIX° et au début du XX° siècle, le terme apparaît dans les administrations coloniales (principalement en Afrique) et chez les ethnologues, pour classer les populations indigènes. Etroitement lié au terme de « race », l’ « ethnie » sert donc à distinguer des groupes humains les uns des autres, comme s’ils avaient une différence essentielle et irréfutable de par leur naissance. Le problème, c’est bien sûr que sont amalgamés sous ce même terme des réalités totalement différentes et plus complexes : les groupes en question, loin d’être des « ethnies », sont liés par des institutions que les colonisateurs ne savent pas reconnaître (après tout, ils sont chez les sauvages, un roi des sauvages, ils comprennent, un système politique différent du leur, ils ne le voient pas….) Langages, zones d’échanges, marchandes ou monétaires, systèmes politiques, groupes sociaux, division du travail, religions, etc. ; toutes ces éléments interviennent dans l’organisation politique de l’Afrique, sans que les zones se recoupent toutes, d’ailleurs. Mais bon, la colonisation simplifie les frontières et les réalités, elle fabrique des « ethnies », du « tribalisme ». L’exemple type, et tragique, des hutus et des tutsis au Rwanda le montre bien.

On observera que ce sont toujours les autres qui sont divisés en « ethnies ». (Un bon point sera décerné à celle ou celui qui me trouvera des textes de journalistes analysant la situation en Corse, au Pays Basque, en Bretagne ou en Occitanie en parlant de « conflits ethniques » ou de « coexistence plus ou moins pacifique de différentes ethnies »…)

On ne peut évidemment pas tout ramener au vilain colonisateur, ce n’est pas le but, d’autant que finalement, l’« ethnie » a une réalité : elle sert, ou peu servir, de référence identitaire aux individus. C’est pour cela que les anthropologues et les sociologues, depuis une bonne vingtaine d’années, utilisent le terme d’« ethnicité », pour évoquer ces catégories construites auxquelles certains se réfèrent.

Il ne s’agit pas seulement de couper les cheveux en quatre ou d’inventer un nouveau mot, plus savant, pour faire la nique aux journaleux. L’enjeu est d’abord de pouvoir déconstruire cette catégorie raciste, qui sert souvent à expliquer de façon simpliste des conflits complexes, sans utiliser les mêmes mots que ceux qui s’en servent. L’enjeu est ensuite de pouvoir quand même prendre en compte les « effets de réalité » de la catégorie, c’est-à-dire ce que produit le fait d’y croire.

Commentaire en forme d’ajout, lié à la présence de publicité sur mon ancienne plateforme :
hé hé : la pub en tête de cette rubrique : “votre voyage au Sénégal” et voyages “safaris photo” en Afrique… Démonstration en live de ce que j’écrivais dans mon post : les “ethnies” sont définitivement des catégories exotiques [et majoritairement africaines] !

21, mar, 2007

La fausse innocence des mots

publié le 26-04-2005

J’ai un problème avec le terme « Holocauste », terme religieux à l’origine, qui signifie sacrifice offert à Dieu : les Juifs « offerts » en sacrifice, je trouve le lien assez obscène. Je l’utilise dans le post “lectures” sur le livre de Bauman parce que c’est le terme qu’il emploie et qu’il est couramment utilisé aux Etats-Unis. Ceci dit, j’ai aussi un problème avec le terme de « Shoah », qui renvoie uniquement aux victimes juives, et pas aux autres (dans ce cas, je préfère parler de « judéocide »). On peut aussi parler de « génocides commis par le régime nazi » (pas très pratique comme expression) ; il n’y a à ma connaissance pas de mot pour désigner l’ensemble des populations victimes. Les mots n’étant pas anodins, cette question renvoie bien sûr à une problématique autour de la mémoire : certains groupes (handicapés et malades mentaux, tziganes, mais aussi homosexuels, etc.) n’ont pas pu jusqu’à une date récente revendiquer cet événement ou demander des comptes (c’est d’ailleurs aussi le cas des Juifs après la seconde Guerre Mondiale : quand on parlait de déportation ou de camp, c’était principalement pour évoquer les déportés politiques).

21, mar, 2007

Sociétés modernes et responsabilité

Publié le 26-04-2005

Bauman, Z., Modernité et Holocauste, Editions La Fabrique, Paris, 1989.

Résumé :
L’ouvrage tourne autour d’une question centrale : qu’est-ce que l’Holocauste peut nous apprendre sur les sociétés modernes ? L’auteur constate d’abord le vide de la littérature (sociologique, mais aussi philosophique ou même historique) sur cette question précise. A de très rares exceptions près, la plupart des travaux qui portent sur l’Holocauste traitent de son déroulement et de son organisation, des dimensions morales, des liens avec l’antisémitisme ou la structure de l’Etat nazi. Beaucoup le font sous l’angle de « l’exceptionnalité » et de « l’unicité », c’est-à-dire que l’Holocauste est considéré comme un événement singulier, qu’on ne pourrait comparer à aucun autre, et qu’il est donc vue comme un accident de l’histoire, une pathologie. Bauman souligne que l’Holocauste est pourtant indissociable d’une société « moderne », en ce que l’exécution d’autant de personnes dans de telles conditions implique l’existence d’un Etat industrialisé, bureaucratique. En effet, il faut une structure administrative (notamment pour classer les populations selon les critères qui permettront leur sélection), il faut qu’existe une infrastructure industrielle (pour organiser matériellement les déportations et les exterminations) et il faut aussi qu’existe une division du travail (pour que les individus participant au système mis place n’en aient pas une vision globale).

Le livre n’est pas complet sur certaines questions (sur l’historiographie de la solution finale, sur l’antisémitisme), mais il pose des sujets de réflexion considérables.

Ca peut servir à :
- Ne pas systématiquement penser les événements atroces de notre histoire comme des exceptions, des résurgences de vieux problèmes.
- Penser de façon plus large la responsabilité. Nous intériorisons toutes et tous des interdits moraux plus ou moins explicites quant à la violence physique directe et immédiate (de l’interdiction de tuer aux règles de politesse qui, nous apprenant à nous comporter, nous évitent de nous battre dans la rue avec le premier bousculeur venu. Enfin, dans la plupart des cas). Mais nous vivons dans un monde où, division du travail oblige, la violence physique est mise à distance. Les conséquences n’en sont pas directement observables. Bauman prend l’exemple d’un pilote de bombardier imaginaire, qui est très probablement incapable de fracasser le crâne d’un enfant à coup de pierre. Il peut pourtant appuyer sur un bouton et tuer des milliers de personnes d’un coup. Il ne s’agit pas de juger ce pilote imaginaire, pas plus que d’autres, réels, mais de se poser à nous-mêmes ces questions éthiques. A partir de quoi peut-on ou doit-on se sentir responsable ? Faire la guerre, pas faire la guerre ? Voter pour Bush ? Avoir un compte en banque (dans une banque qui a des actions dans des entreprises qui fabriquent des armes, des médicaments, des produits polluants) ?

On trouve le livre :
Facilement et pas trop cher.

Niveau de lecture :
Moyen : les controverses historiques sur la Shoah sont clairement retracées, ce n’est pas nécessaire d’avoir lu toute la littérature sur l’Holocauste pour suivre l’auteur. Il y a aussi quelques références (philosophiques ou sociologiques) qui restent implicites ou allusives, c’est plus gênant.

21, mar, 2007

Créer c’est résister, résister c’est créer…

APPEL à la résistance du 15 mars 2004

Au moment où nous voyons remis en cause le socle des conquêtes sociales de la Libération, nous, vétérans des mouvements de Résistance et des forces combattantes de la France Libre (1940-1945), appelons les jeunes générations à faire vivre et à transmettre l’héritage de la Résistance et ses idéaux toujours actuels de démocratie économique, sociale et culturelle.

Soixante ans plus tard, le nazisme est vaincu, grâce au sacrifice de nos frères et soeurs de la Résistance et des nations unies contre la barbarie fasciste. Mais cette menace n’a pas totalement disparu et notre colère contre l’injustice est toujours intacte.
Nous appelons, en conscience, à célébrer l’actualité de la Résistance, non pas au profit de causes partisanes ou instrumentalisées par un quelconque enjeu de pouvoir, mais pour proposer aux générations qui nous succéderont d’accomplir trois gestes humanistes et profondément politiques au sens vrai du terme, pour que la flamme de la Résistance ne s’éteigne jamais :

Nous appelons d’abord les éducateurs, les mouvements sociaux, les collectivités publiques, les créateurs, les citoyens, les exploités, les humiliés, à célébrer ensemble l’anniversaire du programme du Conseil national de la Résistance (C.N.R.) adopté dans la clandestinité le 15 mars 1944 : Sécurité sociale et retraites généralisées, contrôle des « féodalités économiques », droit à la culture et à l’éducation pour tous, presse délivrée de l’argent et de la corruption, lois sociales ouvrières et agricoles, etc. Comment peut-il manquer aujourd’hui de l’argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes sociales, alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l’Europe était ruinée ? Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l’ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l’actuelle dictature internationale des marchés financiers qui menace la paix et la démocratie.

Nous appelons ensuite les mouvements, partis, associations, institutions et syndicats héritiers de la Résistance à dépasser les enjeux sectoriels, et à se consacrer en priorité aux causes politiques des injustices et des conflits sociaux, et non plus seulement à leurs conséquences, à définir ensemble un nouveau « Programme de Résistance » pour notre siècle, sachant que le fascisme se nourrit toujours du racisme, de l’intolérance et de la guerre, qui eux-mêmes se nourrissent des injustices sociales.
Nous appelons enfin les enfants, les jeunes, les parents, les anciens et les grands-parents, les éducateurs, les autorités publiques, à une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation marchande, le mépris des plus faibles et de la culture, l’amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous. Nous n’acceptons pas que les principaux médias soient désormais contrôlés par des intérêts privés, contrairement au programme du Conseil national de la Résistance et aux ordonnances sur la presse de 1944.

Plus que jamais, à ceux et celles qui feront le siècle qui commence, nous voulons dire avec notre affection : « Créer, c’est résister. Résister, c’est créer ».

Signataires :
Lucie Aubrac, Raymond Aubrac, Henri Bartoli, Daniel Cordier, Philippe Dechartre, Georges Guingouin, Stéphane Hessel, Maurice Kriegel-Valrimont, Lise London, Georges Séguy, Germaine Tillion, Jean-Pierre Vernant, Maurice Voutey.

14, mar, 2007

démocratie représentative 2

Garrigou, Alain, Le vote et la vertu. Comment les français sont devenus électeurs, Paris, Presses de la FNSP, 1992.

Résumé :
Comment faire voter des électeurs qui n’ont jamais voté et qui ne comprennent pas le sens même de l’élection ? C’est la question que l’on peut se poser lorsqu’on observe les élections au suffrage universel de 1848 en France. A. Garrigou montre que voter, loin d’être un acte naturel ou ordinaire, est un acte construit par des luttes politiques : les luttes portent d’abord sur le « faire voter » et le sens du suffrage. De 1848 à la première moitié du XXème siècle, plusieurs processus interviennent, qui aboutissent à ce que nous pouvons maintenant voir, des élections, des hommes politiques professionnels et des partis.
En observant les différentes élections et les débats politiques autour des lois électorales, A. Garrigou montre comment se construit un nouveau métier : celui d’homme politique. On suit pas à pas les réformes électorales (enveloppes pour les bulletins, interdiction de la « charité électorale », qui consistait pour les riches candidats à distribuer de l’argent aux électeurs pendant les campagnes, obligation de la profession de foi, réglementation de l’affichage, enfin, l’adoption de l’isoloir).
L’auteur retrace les débats, entre les « notables » (souvent de riches propriétaires) et les « entrepreneurs politiques » (qui considèrent la politique comme un métier), et souligne qu’à travers les arguments juridiques ou techniques employés (sur l’illettrisme des populations, l’incapacité du peuple à voter pacifiquement, etc.), ce sont en fait des visions sociales et politiques différentes de la République et du rôle du peuple qui s’opposent.

Ca peut servir à :
- se rendre compte qu’il faut près d’un siècle pour que l’élection nous paraisse évidente et naturelle ; du coup, ne pas prendre les pays qui découvrent les élections avec difficulté pour des sous développés. Comprendre plutôt qu’ils appliquent un modèle « clefs en main », qui a été, ailleurs, le fruit d’un long processus, et qu’en plus, c’est un modèle qui leur est souvent imposé (à coup de FMI, de Banque Mondiale ou de guerre en Irak, par exemple).
- voir les liens qu’il y a entre élection / électeurs et partis politiques, professionnels de la politique.
- faire attention aux arguments « techniques » présentés comme apolitiques et indépassables, qui recouvrent souvent des enjeux ou des conceptions idéologiques.

On trouve le livre :
Facilement dans les bibliothèques universitaires, sinon, il est en cours de réédition, ça devrait donc s’arranger !

Niveau de lecture :
Moyen : l’ouvrage est assez dense, il y a pas mal de descriptions, d’anecdotes qui aèrent la lecture, mais c’est là le piège : l’anecdotique rigolo est plus facile à lire que l’analyse sociologique… Nécessite donc un peu d’attention.

Merci à kangoo et kate pour leurs commentaires

Commentaires

Robert (25.4.05 13:53)
Merci pour ton blog Charlie !
Sa lecture m’a conduit à me poser deux questions (enfin 3, mais sur les chaussures à plumes, je ne sais pas si je suis pertinent !) qui sont peut être complètement débiles :
1/ j’ai le sentiment que l’établissement du système représentatif contient en lui même la mise à l’écart d’une partie de la population que le système est sensé représenter : “les fous” ! Autrement dit, la prison n’est-elle pas un moyen pour l’élite politique d’asseoir sa domination ?
2/ concernant l’abstention : il me semble que la dérive de la professionnalisation du politique a pour conséquence la mise en place du marketing politique et la quête de la voix de l’électeur médian. Ne serait-ce pas intéressant de mettre en place un système de représentation dans lequel a/ le candidat “le meilleur”, ne peut être élu que s’il obtient un minimum des voix des inscrits et non pas des suffrages exprimés et b/ dans le cas contraire les candidats ne peuvent plus se représenter. L’avantage que je vois dans ce mode de sélection est qu’il incite le politique professionnel a prendre en compte l’ensemble des aspirations et non plus uniquement celles des voix médiantes ; il incite ainsi le politique a être responsable de ses actes s’il veut rester en place.
La prochaine fois, j’essaie en une phrase (c’est pas gagné !) ;o)

François (26.4.05 12:18)
Existe-t-il (ou a-t-il existé) des pays/sociétés dans lesquels on choisit, non pas un représentant, mais un “programme” ? (La question de “qui applique le programme” étant ensuite plutôt secondaire).

Charlie (26.4.05 14:11)
Cher Robert,
merci d’être enfin passé me rendre visite je savais pourtant que vous risquiez d’être monomaniaque. Pour la peine (question 1), je vous condamne à me faire un post sur les prisons, les fous, et Michel Foucault. Ca vous apprendra.
“la prison n’est-elle pas un moyen pour l’élite politique d’asseoir sa domination ?” Ben, dit comme ça, j’avoue avoir un peu de mal à vous suivre. Que la prison ait des liens avec la domination (puisqu’elle renvoie à différents monopoles détenus par l’Etat, ceux de la violence légitime et de la justice), pourquoi pas, puisqu’elle est un instrument qui impose des normes et sanctionne des déviances. Enfin, j’ai pas grand chose de plus à dire, si ce n’est que j’en reparlerai volontier avec vous quand vous m’aurez posté votre dissert’ sur l’abolition des prisons )
“L’avantage que je vois dans ce mode de sélection est qu’il incite le politique professionnel a prendre en compte l’ensemble des aspirations et non plus uniquement celles des voix médiantes”
Hem… ben il a pas les couilles sortie des ronces, le politique professionnel. Je ne suis pas du tout, (mais alors là, pas du tout) d’accord avec vous Robert ! D’abord parce que je ne vois pas comment on peut prendre en compte un “ensemble” d’aspirations qui risquent d’être contradictoires, ensuite, parce que je ne crois pas que faire de la politique doive se résumer à faire plaisir à tous pour être élus. Faut faire des choix, politiques, d’idéaux, d’utopies, se battre et accepter que tout le monde ne soit pas d’accord.

@ François,
Ben, formulé tel quel, je ne crois pas. Notamment parce que le “programme” est toujours défendu et/ou proposé par quelqu’un. Il y aurait sans doute des choses à tirer des modèles de mandats impératifs (qu’on ne trouve plus que chez les anars), puisqu’il y a dans ce cas une élection du représentant pour des tâches précises et limitées. Donc un petit début de dissociation entre l’élu et le programme.
Sinon, peut-être que pour répondre entièrement à ta question , [surtout à "sociétés"], il faudrait chercher du côté de l’ethnologie. Mais du coup, on risque de tomber sur des assimilations abusives de “faits sociaux” à de la démocratie représentative (genre, le chef indien élu au suffrage indirect…).

14, mar, 2007

démocratie représentative 1

Archives de Charlie : 18-04-2005

Une démocratie représentative est un régime politique dans lequel les gouvernants sont élus et représentent ainsi le peuple. Un démocratie représentative, c’est aussi, du coup, le nom complet de tous les régimes qu’on nomme “démocraties” (tout court). Notamment les “démocraties occidentales” qui sont la norme politique de la démocratie (et de la Liberté, et des droits de l’Hommes, etc.), au point qu’elles l’imposent aux autres Etats.
Le premier outil de la série va donc servir à se demander, comment on en est arrivé là.

Manin, Bernard, Principes du gouvernement représentatif, Paris, Calmann-Lévy, 1995.

Résumé :
L’auteur part d’un constat qui peut surprendre : chez la plupart des philosophes des Lumières, l’élection n’est pas considérée comme démocratique, mais comme générant une aristocratie. Comment ce mode de désignation des gouvernants s’est-il imposé ? Bernard Manin répond, en revenant sur le moment historique où l’élection s’impose (en gros, le XVIIIème siècle), et en la comparant à un autre système pratiqué ou défendu pour choisir ses chefs, celui du tirage au sort, qui offre à tous les mêmes chances de diriger. L’avantage principal de l’élection est qu’elle légitime les gouvernants, qui sont là « au nom du peuple » au lieu de l’être « au nom de Dieu ».

Ca peut servir à :
- réaliser que démocratie et démocratie représentative, ce n’est pas la même chose ; que cette légitimation des gouvernants par l’élection a des conséquences qui vont même parfois à l’encontre de la démocratie.
- réfléchir à l’abstention, à ses multiples motifs : est-ce qu’on peut s’en saisir pour refuser de légitimer un système, des gouvernants, une façon de faire de la politique ?
- voir que les élections ne sont peut-être pas le seul moyen de faire de la démocratie…

On trouve le livre :
Assez facilement, surtout qu’il est maintenant en poche.

Lecture :
Assez facile aussi, les éléments historiques sont tous restitués dans leur contexte, du coup, il y a des passages un peu longs mais on n’a pas besoin de connaissances préalables sur la République de Venise

Commentaires :

kangoo (19.4.05 13:17)
J’aime bien ce concept simple qui aide à mieux appréhender de nombreux points de vue : “l’élection génère une aristocratie”.
Il y a des artistocraties partout, comme “l’artistocratie des blogs” par exemple : des blogueurs élus (par des journalistes ? par d’autres blogueurs ? auto-élus ?) représentent la blogosphère.
Est-ce gênant ? J’ai l’impression que oui, un peu.
Est-ce qu’il faudrait ne pas avoir d’élus ? Idéalement oui, peut-être. Cela fonctionne bien sur usenet.
Usenet. Quel bel exemple. :]
Un bémol : il y a également une forme d’aristocratie sur usenet, formée par le noyau dur composé de ceux qui savent le mieux occuper le terrain et indiquer quels sont les “bons choix”.
La question serait alors : faut-il ne pas avoir de noyau influent ? (nos amis les prescripteurs)
Faut-il les empêcher d’exister ? Comment ? En aidant chacun à prendre des décisions par soi-même, en apprenant à chacun à réfléchir dans chaque situation, sur chaque sujet ?

kate.voralberg (19.4.05 13:20)
Bonjour Charlie
Abstention : est-ce qu’on peut s’en saisir pour refuser de légitimer un système …
Est-ce déjà arrivé dans d’autres pays ? Selon toi, à partir de quel taux d’abstention pourrait-on considérer que l’élection n’a aucune valeur [valeur dans ce système entendons nous bien ].

C’est pas gagné. D’autres idées ? :]

Charlie (19-04-05)

@ Kangoo,
“Comment ? En aidant chacun à prendre des décisions par soi-même, en apprenant à chacun à réfléchir dans chaque situation, sur chaque sujet ?”
Je crois que le coeur du problème est là, tout au moins en politique. Parce que si on peu difficilement imaginer une société où tous les individus partageraient les mêmes compétences techniques, la démocratie suppose une égalité politique des citoyens qui n’est que théorique. Effectivement, “c’est pas gagné” ! Mais bon, considérer la démocratie comme une utopie à atteindre, et non comme un modèle existant, ça permet de ne pas se satisfaire de l’existant, du “moins mauvais des régimes”. Ca permet d’espérer sinon le meilleur, du moins, un meilleur. A mon avis ça passe par une réflexion sur l’éducation [pas très neuf tout ça, un peu Troisième République, même ], sur l’égalité sociale [c'est quoi ? L'égalité des revenus, de l'accès à l'info, à la vie familiale, à la beauté, etc ?]… Bref, pas de réformes sans utopies
@ Kate,
“Est-ce déjà arrivé dans d’autres pays ?”
Ce que je voulais dire, c’est qu’à mon avis, ça arrive tout le temps, dans tous les pays. On entend souvent que les abstentionnistes ne sont pas intéressés par la politique, qu’ils ne comprennent pas les hommes politiques ou les enjeux du vote [exemple du réréfendum et du texte "trop technique", que le pôvre peuple ne peut pas lire]… le peuple, trop con pour “savoir voter”, c’est un vieil argument des élites politiques quand le peuple vote “mal” [suite sur ce thème dans le post 2, d'ailleurs]. Mais si on considère que le vote n’est qu’une façon de faire de la politique, on peut aussi penser que l’abstention en est une autre.
Le problème [que tu évoques]de quel taux d’abstention il faudrait pour remettre en cause la valeur du vote est donc, à mon avis, que toutes les abstentions n’ont pas le même sens. On en arrive vite à compter le nombre de votants par rapport à la population [parce qu'en plus, il y a ceux qui ne sont pas inscrits sur les listes, ceux qui n'ont pas ou plus le droit de vote]. Et la légitimité ou la valeur d’une élection est finalement une affaire bien subjective : si on accepte les valeur de la démocratie représentative, l’élection sera toujours légitime, sinon, elle posera toujours problème…