14, mar, 2007...10:37

démocratie représentative 1

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Archives de Charlie : 18-04-2005

Une démocratie représentative est un régime politique dans lequel les gouvernants sont élus et représentent ainsi le peuple. Un démocratie représentative, c’est aussi, du coup, le nom complet de tous les régimes qu’on nomme “démocraties” (tout court). Notamment les “démocraties occidentales” qui sont la norme politique de la démocratie (et de la Liberté, et des droits de l’Hommes, etc.), au point qu’elles l’imposent aux autres Etats.
Le premier outil de la série va donc servir à se demander, comment on en est arrivé là.

Manin, Bernard, Principes du gouvernement représentatif, Paris, Calmann-Lévy, 1995.

Résumé :
L’auteur part d’un constat qui peut surprendre : chez la plupart des philosophes des Lumières, l’élection n’est pas considérée comme démocratique, mais comme générant une aristocratie. Comment ce mode de désignation des gouvernants s’est-il imposé ? Bernard Manin répond, en revenant sur le moment historique où l’élection s’impose (en gros, le XVIIIème siècle), et en la comparant à un autre système pratiqué ou défendu pour choisir ses chefs, celui du tirage au sort, qui offre à tous les mêmes chances de diriger. L’avantage principal de l’élection est qu’elle légitime les gouvernants, qui sont là « au nom du peuple » au lieu de l’être « au nom de Dieu ».

Ca peut servir à :
- réaliser que démocratie et démocratie représentative, ce n’est pas la même chose ; que cette légitimation des gouvernants par l’élection a des conséquences qui vont même parfois à l’encontre de la démocratie.
- réfléchir à l’abstention, à ses multiples motifs : est-ce qu’on peut s’en saisir pour refuser de légitimer un système, des gouvernants, une façon de faire de la politique ?
- voir que les élections ne sont peut-être pas le seul moyen de faire de la démocratie…

On trouve le livre :
Assez facilement, surtout qu’il est maintenant en poche.

Lecture :
Assez facile aussi, les éléments historiques sont tous restitués dans leur contexte, du coup, il y a des passages un peu longs mais on n’a pas besoin de connaissances préalables sur la République de Venise

Commentaires :

kangoo (19.4.05 13:17)
J’aime bien ce concept simple qui aide à mieux appréhender de nombreux points de vue : “l’élection génère une aristocratie”.
Il y a des artistocraties partout, comme “l’artistocratie des blogs” par exemple : des blogueurs élus (par des journalistes ? par d’autres blogueurs ? auto-élus ?) représentent la blogosphère.
Est-ce gênant ? J’ai l’impression que oui, un peu.
Est-ce qu’il faudrait ne pas avoir d’élus ? Idéalement oui, peut-être. Cela fonctionne bien sur usenet.
Usenet. Quel bel exemple. :]
Un bémol : il y a également une forme d’aristocratie sur usenet, formée par le noyau dur composé de ceux qui savent le mieux occuper le terrain et indiquer quels sont les “bons choix”.
La question serait alors : faut-il ne pas avoir de noyau influent ? (nos amis les prescripteurs)
Faut-il les empêcher d’exister ? Comment ? En aidant chacun à prendre des décisions par soi-même, en apprenant à chacun à réfléchir dans chaque situation, sur chaque sujet ?

kate.voralberg (19.4.05 13:20)
Bonjour Charlie
Abstention : est-ce qu’on peut s’en saisir pour refuser de légitimer un système …
Est-ce déjà arrivé dans d’autres pays ? Selon toi, à partir de quel taux d’abstention pourrait-on considérer que l’élection n’a aucune valeur [valeur dans ce système entendons nous bien ].

C’est pas gagné. D’autres idées ? :]

Charlie (19-04-05)

@ Kangoo,
“Comment ? En aidant chacun à prendre des décisions par soi-même, en apprenant à chacun à réfléchir dans chaque situation, sur chaque sujet ?”
Je crois que le coeur du problème est là, tout au moins en politique. Parce que si on peu difficilement imaginer une société où tous les individus partageraient les mêmes compétences techniques, la démocratie suppose une égalité politique des citoyens qui n’est que théorique. Effectivement, “c’est pas gagné” ! Mais bon, considérer la démocratie comme une utopie à atteindre, et non comme un modèle existant, ça permet de ne pas se satisfaire de l’existant, du “moins mauvais des régimes”. Ca permet d’espérer sinon le meilleur, du moins, un meilleur. A mon avis ça passe par une réflexion sur l’éducation [pas très neuf tout ça, un peu Troisième République, même ], sur l’égalité sociale [c'est quoi ? L'égalité des revenus, de l'accès à l'info, à la vie familiale, à la beauté, etc ?]… Bref, pas de réformes sans utopies
@ Kate,
“Est-ce déjà arrivé dans d’autres pays ?”
Ce que je voulais dire, c’est qu’à mon avis, ça arrive tout le temps, dans tous les pays. On entend souvent que les abstentionnistes ne sont pas intéressés par la politique, qu’ils ne comprennent pas les hommes politiques ou les enjeux du vote [exemple du réréfendum et du texte "trop technique", que le pôvre peuple ne peut pas lire]… le peuple, trop con pour “savoir voter”, c’est un vieil argument des élites politiques quand le peuple vote “mal” [suite sur ce thème dans le post 2, d'ailleurs]. Mais si on considère que le vote n’est qu’une façon de faire de la politique, on peut aussi penser que l’abstention en est une autre.
Le problème [que tu évoques]de quel taux d’abstention il faudrait pour remettre en cause la valeur du vote est donc, à mon avis, que toutes les abstentions n’ont pas le même sens. On en arrive vite à compter le nombre de votants par rapport à la population [parce qu'en plus, il y a ceux qui ne sont pas inscrits sur les listes, ceux qui n'ont pas ou plus le droit de vote]. Et la légitimité ou la valeur d’une élection est finalement une affaire bien subjective : si on accepte les valeur de la démocratie représentative, l’élection sera toujours légitime, sinon, elle posera toujours problème…

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