14, mar, 2007...10:53

démocratie représentative 2

Se rendre aux commentaires

Garrigou, Alain, Le vote et la vertu. Comment les français sont devenus électeurs, Paris, Presses de la FNSP, 1992.

Résumé :
Comment faire voter des électeurs qui n’ont jamais voté et qui ne comprennent pas le sens même de l’élection ? C’est la question que l’on peut se poser lorsqu’on observe les élections au suffrage universel de 1848 en France. A. Garrigou montre que voter, loin d’être un acte naturel ou ordinaire, est un acte construit par des luttes politiques : les luttes portent d’abord sur le « faire voter » et le sens du suffrage. De 1848 à la première moitié du XXème siècle, plusieurs processus interviennent, qui aboutissent à ce que nous pouvons maintenant voir, des élections, des hommes politiques professionnels et des partis.
En observant les différentes élections et les débats politiques autour des lois électorales, A. Garrigou montre comment se construit un nouveau métier : celui d’homme politique. On suit pas à pas les réformes électorales (enveloppes pour les bulletins, interdiction de la « charité électorale », qui consistait pour les riches candidats à distribuer de l’argent aux électeurs pendant les campagnes, obligation de la profession de foi, réglementation de l’affichage, enfin, l’adoption de l’isoloir).
L’auteur retrace les débats, entre les « notables » (souvent de riches propriétaires) et les « entrepreneurs politiques » (qui considèrent la politique comme un métier), et souligne qu’à travers les arguments juridiques ou techniques employés (sur l’illettrisme des populations, l’incapacité du peuple à voter pacifiquement, etc.), ce sont en fait des visions sociales et politiques différentes de la République et du rôle du peuple qui s’opposent.

Ca peut servir à :
- se rendre compte qu’il faut près d’un siècle pour que l’élection nous paraisse évidente et naturelle ; du coup, ne pas prendre les pays qui découvrent les élections avec difficulté pour des sous développés. Comprendre plutôt qu’ils appliquent un modèle « clefs en main », qui a été, ailleurs, le fruit d’un long processus, et qu’en plus, c’est un modèle qui leur est souvent imposé (à coup de FMI, de Banque Mondiale ou de guerre en Irak, par exemple).
- voir les liens qu’il y a entre élection / électeurs et partis politiques, professionnels de la politique.
- faire attention aux arguments « techniques » présentés comme apolitiques et indépassables, qui recouvrent souvent des enjeux ou des conceptions idéologiques.

On trouve le livre :
Facilement dans les bibliothèques universitaires, sinon, il est en cours de réédition, ça devrait donc s’arranger !

Niveau de lecture :
Moyen : l’ouvrage est assez dense, il y a pas mal de descriptions, d’anecdotes qui aèrent la lecture, mais c’est là le piège : l’anecdotique rigolo est plus facile à lire que l’analyse sociologique… Nécessite donc un peu d’attention.

Merci à kangoo et kate pour leurs commentaires

Commentaires

Robert (25.4.05 13:53)
Merci pour ton blog Charlie !
Sa lecture m’a conduit à me poser deux questions (enfin 3, mais sur les chaussures à plumes, je ne sais pas si je suis pertinent !) qui sont peut être complètement débiles :
1/ j’ai le sentiment que l’établissement du système représentatif contient en lui même la mise à l’écart d’une partie de la population que le système est sensé représenter : “les fous” ! Autrement dit, la prison n’est-elle pas un moyen pour l’élite politique d’asseoir sa domination ?
2/ concernant l’abstention : il me semble que la dérive de la professionnalisation du politique a pour conséquence la mise en place du marketing politique et la quête de la voix de l’électeur médian. Ne serait-ce pas intéressant de mettre en place un système de représentation dans lequel a/ le candidat “le meilleur”, ne peut être élu que s’il obtient un minimum des voix des inscrits et non pas des suffrages exprimés et b/ dans le cas contraire les candidats ne peuvent plus se représenter. L’avantage que je vois dans ce mode de sélection est qu’il incite le politique professionnel a prendre en compte l’ensemble des aspirations et non plus uniquement celles des voix médiantes ; il incite ainsi le politique a être responsable de ses actes s’il veut rester en place.
La prochaine fois, j’essaie en une phrase (c’est pas gagné !) ;o)

François (26.4.05 12:18)
Existe-t-il (ou a-t-il existé) des pays/sociétés dans lesquels on choisit, non pas un représentant, mais un “programme” ? (La question de “qui applique le programme” étant ensuite plutôt secondaire).

Charlie (26.4.05 14:11)
Cher Robert,
merci d’être enfin passé me rendre visite je savais pourtant que vous risquiez d’être monomaniaque. Pour la peine (question 1), je vous condamne à me faire un post sur les prisons, les fous, et Michel Foucault. Ca vous apprendra.
“la prison n’est-elle pas un moyen pour l’élite politique d’asseoir sa domination ?” Ben, dit comme ça, j’avoue avoir un peu de mal à vous suivre. Que la prison ait des liens avec la domination (puisqu’elle renvoie à différents monopoles détenus par l’Etat, ceux de la violence légitime et de la justice), pourquoi pas, puisqu’elle est un instrument qui impose des normes et sanctionne des déviances. Enfin, j’ai pas grand chose de plus à dire, si ce n’est que j’en reparlerai volontier avec vous quand vous m’aurez posté votre dissert’ sur l’abolition des prisons )
“L’avantage que je vois dans ce mode de sélection est qu’il incite le politique professionnel a prendre en compte l’ensemble des aspirations et non plus uniquement celles des voix médiantes”
Hem… ben il a pas les couilles sortie des ronces, le politique professionnel. Je ne suis pas du tout, (mais alors là, pas du tout) d’accord avec vous Robert ! D’abord parce que je ne vois pas comment on peut prendre en compte un “ensemble” d’aspirations qui risquent d’être contradictoires, ensuite, parce que je ne crois pas que faire de la politique doive se résumer à faire plaisir à tous pour être élus. Faut faire des choix, politiques, d’idéaux, d’utopies, se battre et accepter que tout le monde ne soit pas d’accord.

@ François,
Ben, formulé tel quel, je ne crois pas. Notamment parce que le “programme” est toujours défendu et/ou proposé par quelqu’un. Il y aurait sans doute des choses à tirer des modèles de mandats impératifs (qu’on ne trouve plus que chez les anars), puisqu’il y a dans ce cas une élection du représentant pour des tâches précises et limitées. Donc un petit début de dissociation entre l’élu et le programme.
Sinon, peut-être que pour répondre entièrement à ta question , [surtout à "sociétés"], il faudrait chercher du côté de l’ethnologie. Mais du coup, on risque de tomber sur des assimilations abusives de “faits sociaux” à de la démocratie représentative (genre, le chef indien élu au suffrage indirect…).

Laisser un commentaire