publié le 29-04-2005
Petit ras-le-bol sur le terme « ethnie ». L’ethnie, c’est quoi ? A la fin du XIX° et au début du XX° siècle, le terme apparaît dans les administrations coloniales (principalement en Afrique) et chez les ethnologues, pour classer les populations indigènes. Etroitement lié au terme de « race », l’ « ethnie » sert donc à distinguer des groupes humains les uns des autres, comme s’ils avaient une différence essentielle et irréfutable de par leur naissance. Le problème, c’est bien sûr que sont amalgamés sous ce même terme des réalités totalement différentes et plus complexes : les groupes en question, loin d’être des « ethnies », sont liés par des institutions que les colonisateurs ne savent pas reconnaître (après tout, ils sont chez les sauvages, un roi des sauvages, ils comprennent, un système politique différent du leur, ils ne le voient pas….) Langages, zones d’échanges, marchandes ou monétaires, systèmes politiques, groupes sociaux, division du travail, religions, etc. ; toutes ces éléments interviennent dans l’organisation politique de l’Afrique, sans que les zones se recoupent toutes, d’ailleurs. Mais bon, la colonisation simplifie les frontières et les réalités, elle fabrique des « ethnies », du « tribalisme ». L’exemple type, et tragique, des hutus et des tutsis au Rwanda le montre bien.
On observera que ce sont toujours les autres qui sont divisés en « ethnies ». (Un bon point sera décerné à celle ou celui qui me trouvera des textes de journalistes analysant la situation en Corse, au Pays Basque, en Bretagne ou en Occitanie en parlant de « conflits ethniques » ou de « coexistence plus ou moins pacifique de différentes ethnies »…)
On ne peut évidemment pas tout ramener au vilain colonisateur, ce n’est pas le but, d’autant que finalement, l’« ethnie » a une réalité : elle sert, ou peu servir, de référence identitaire aux individus. C’est pour cela que les anthropologues et les sociologues, depuis une bonne vingtaine d’années, utilisent le terme d’« ethnicité », pour évoquer ces catégories construites auxquelles certains se réfèrent.
Il ne s’agit pas seulement de couper les cheveux en quatre ou d’inventer un nouveau mot, plus savant, pour faire la nique aux journaleux. L’enjeu est d’abord de pouvoir déconstruire cette catégorie raciste, qui sert souvent à expliquer de façon simpliste des conflits complexes, sans utiliser les mêmes mots que ceux qui s’en servent. L’enjeu est ensuite de pouvoir quand même prendre en compte les « effets de réalité » de la catégorie, c’est-à-dire ce que produit le fait d’y croire.
Commentaire en forme d’ajout, lié à la présence de publicité sur mon ancienne plateforme :
hé hé : la pub en tête de cette rubrique : “votre voyage au Sénégal” et voyages “safaris photo” en Afrique… Démonstration en live de ce que j’écrivais dans mon post : les “ethnies” sont définitivement des catégories exotiques [et majoritairement africaines] !
Un commentaire
17, août, 2007 à 2:47
Je t’ai trouvée !!!
Bises.