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Sociétés modernes et responsabilité

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Publié le 26-04-2005

Bauman, Z., Modernité et Holocauste, Editions La Fabrique, Paris, 1989.

Résumé :
L’ouvrage tourne autour d’une question centrale : qu’est-ce que l’Holocauste peut nous apprendre sur les sociétés modernes ? L’auteur constate d’abord le vide de la littérature (sociologique, mais aussi philosophique ou même historique) sur cette question précise. A de très rares exceptions près, la plupart des travaux qui portent sur l’Holocauste traitent de son déroulement et de son organisation, des dimensions morales, des liens avec l’antisémitisme ou la structure de l’Etat nazi. Beaucoup le font sous l’angle de « l’exceptionnalité » et de « l’unicité », c’est-à-dire que l’Holocauste est considéré comme un événement singulier, qu’on ne pourrait comparer à aucun autre, et qu’il est donc vue comme un accident de l’histoire, une pathologie. Bauman souligne que l’Holocauste est pourtant indissociable d’une société « moderne », en ce que l’exécution d’autant de personnes dans de telles conditions implique l’existence d’un Etat industrialisé, bureaucratique. En effet, il faut une structure administrative (notamment pour classer les populations selon les critères qui permettront leur sélection), il faut qu’existe une infrastructure industrielle (pour organiser matériellement les déportations et les exterminations) et il faut aussi qu’existe une division du travail (pour que les individus participant au système mis place n’en aient pas une vision globale).

Le livre n’est pas complet sur certaines questions (sur l’historiographie de la solution finale, sur l’antisémitisme), mais il pose des sujets de réflexion considérables.

Ca peut servir à :
- Ne pas systématiquement penser les événements atroces de notre histoire comme des exceptions, des résurgences de vieux problèmes.
- Penser de façon plus large la responsabilité. Nous intériorisons toutes et tous des interdits moraux plus ou moins explicites quant à la violence physique directe et immédiate (de l’interdiction de tuer aux règles de politesse qui, nous apprenant à nous comporter, nous évitent de nous battre dans la rue avec le premier bousculeur venu. Enfin, dans la plupart des cas). Mais nous vivons dans un monde où, division du travail oblige, la violence physique est mise à distance. Les conséquences n’en sont pas directement observables. Bauman prend l’exemple d’un pilote de bombardier imaginaire, qui est très probablement incapable de fracasser le crâne d’un enfant à coup de pierre. Il peut pourtant appuyer sur un bouton et tuer des milliers de personnes d’un coup. Il ne s’agit pas de juger ce pilote imaginaire, pas plus que d’autres, réels, mais de se poser à nous-mêmes ces questions éthiques. A partir de quoi peut-on ou doit-on se sentir responsable ? Faire la guerre, pas faire la guerre ? Voter pour Bush ? Avoir un compte en banque (dans une banque qui a des actions dans des entreprises qui fabriquent des armes, des médicaments, des produits polluants) ?

On trouve le livre :
Facilement et pas trop cher.

Niveau de lecture :
Moyen : les controverses historiques sur la Shoah sont clairement retracées, ce n’est pas nécessaire d’avoir lu toute la littérature sur l’Holocauste pour suivre l’auteur. Il y a aussi quelques références (philosophiques ou sociologiques) qui restent implicites ou allusives, c’est plus gênant.

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